Conférence « Dibgou. Cité pharaonique et médiévale contemporaine du Mans dans le Delta du Nil ». 

Par Philippe Brissaud (Directeur de la Mission Archéologique de Tell Dibgou) et Christelle Desbordes (Directrice adjointe de la Mission Archéologique de Tell Dibgou)

Le 17 février 2018 à 14h au CERAM Pierre Térouanne.

Entrée Gratuite.

Dibgou est l’un des sites les plus vastes et les mieux conservés du Nord-est du Delta du Nil.

Il se situe sur les marges sud du Lac Menzaleh, à une dizaine de kilomètres au Nord-est du tell Sân el-Hagar, qui abrite les ruines de l’antique Tanis, capitale de l’Egypte au cours des XXIe et XXIIe dynasties. Le tell correspond aux ruines de l’ancienne ville de Dibgou, nommée Dabiq dans la littérature médiévale. Constitué de couches de terrains stratifiés sur une grande épaisseur, il s’élève à 20 mètres au-dessus du niveau de la mer et s’étend sur une surface de près de 70 hectares. Jusqu’en 2014, aucune fouille archéologique n’y avait jamais été pratiquée.

Dès la première campagne, le plan topographique réalisé à cette occasion ainsi que les opérations de prospection pédestre pratiquées sur l’ensemble du site et les sondages effectués dans la partie sud du tell ont démontré que le tell Dibgou contient les ruines d’une ancienne cité pharaonique totalement inconnue jusqu’à présent qui a commencé son histoire au cours de la Troisième Période Intermédiaire, certainement autour d’un temple enclos d’une enceinte. Il est dès lors très probable que Dibgou, cité florissante dont le développement semble s’être accru à une époque où la ville voisine de Tanis vivait ses dernières heures, recèle en son sein de nombreux blocs et éléments architecturaux prélevés dans les ruines de cette ancienne capitale pour alimenter ses besoins en matériau.

Les sondages réalisés en 2014 et 2015 dans la partie sud du tell ont permis d’étudier certaines de ces structures datant de la Troisième Période Intermédiaire et de la Basse Epoque. Les restes d’une nécropole populaire ont même été mis au jour. En 2016, dans la partie ouest du tell, un vaste quartier d’habitation daté de l’époque ptolémaïque a été découvert, qui recouvrait des installations antérieures datées de la Basse Epoque.

La ville continue de se développer au cours des siècles suivants jusqu’à atteindre son apogée entre le IXe et le XIe siècle de notre ère. Les nombreux tessons de poterie islamique glaçurée de très belle facture récoltés sur le site ainsi que les mentions de Dibgou dans la littérature arabe du Moyen-Âge illustrent la richesse de la cité à cette époque.

Cette cité musulmane de premier plan était également peuplée d’une importante communauté copte. La ville possédait ainsi un évêché reconnu qui, dans le courant du XIe siècle, était dirigé, d’après les listes épiscopales, par un évêque nommé Ibrahim. D’après les sources manuscrites arabes, les Chrétiens restèrent probablement majoritaires à Dibgou jusqu’à la fin du XIe siècle. Le site possède donc encore probablement les ruines de ces édifices religieux, mosquées et églises, qui devaient être au cœur de la vie de la cité médiévale.

L’histoire de Dibgou s’efface ensuite progressivement à partir du XIIe siècle, époque à laquelle il semble qu’un déclin irréversible fut entamé dans toute la région.

Clichés : (c) MATD / Christelle Desbordes.

La conférence sera suivie, à 16h, du vernissage de l’exposition de clichés des campagnes de fouilles.